God Bless America

février 2021

Dieu (encore lui) sait si on l’aura entendu ce slogan, cette invocation, ce vœux pieux et si peu laïc aux oreilles des Français.

De toutes les factions, de toutes les confessions, de tous les bords politiques, le divin est invoqué au secours du temporel. Et cette habitude ne date pas d’hier ; les Founding Fathers (persécutés par l’Eglise d’Angleterre) cherchaient une terre où pratiquer leur protestantisme calviniste, comme avant les Huguenots avaient rêvé d’un Nouveau Monde qui soit un Refuge pour eux. Dès la Révocation d’ailleurs, les Huguenots affluent en Amérique du Nord ; Durand de Die, noble drômois exilé à Londres mènera même une mission « publicitaire » en Amérique du Nord pour inciter ses coreligionnaires à s’y installer. Dans ses mémoires : Un Français en Virginie, il nous livre ses commentaires amusés et amusants d’un protestant provençal transplanté dans le sud des futurs Etats-Unis. Un de ceux qui suivront ses conseils, Appollo Rivoire, huguenot du Sud-Ouest ira s’établir à Boston où naîtra son fils Paul (qui américanisera son nom de famille en Revere). Il deviendra un artisan connu, un héros de l’indépendance américaine et un industriel fortuné. Et une de ses inspirations sera la théologie prêchée à Boston par des pasteurs modernistes proches des Lumières. A la même époque, dans la Pennsylvanie fondée par William Penn un quaker anglais rêvant de liberté religieuse et de tolérance pour toutes les confessions chrétiennes, Antoine Bénézet, huguenot né à St Quentin, milite pour l’abolition de l’esclavage et créé une école pour les enfants d’esclaves.

Plus tard, au moment des grands Réveils, des foules immenses se pressent sous des tentes pour écouter les prédicateurs leur promettre selon les jours l’enfer ou la libération.

La religion est donc partout aux États-Unis, au début du XIXè, Charles Wagner, un pasteur français invité par Teddy Roosevelt à prêcher à la Maison-Blanche nous laisse une relation étonnante de son voyage américain, étonnante pour un Français qui vient de vivre les péripéties de la Séparation. On ne peut pas comprendre la situation actuelle et l’imbrication entre religion et esprit américain si l’on ne se réfère pas à ce long et profond historique.   Plus près de nous les mouvements pour les droits civiques des Noirs américains sont menés principalement par des pasteurs baptistes comme Martin Luther King et sont supportés » par tous les artistes issus du Gospel comme Aretha Franklin ou Rosetta Tharpe.

Pas de meilleure illustration de cette imbrication que la récente cérémonie d’inauguration : après les hymnes officiels, la fanfare des Marines joue l’air de It’s a gift to be simple, hymne shaker très connu et Garth Brook chante Amazing Grace, l’hymne officieux des protestants américains, composé par un capitaine de bateau négrier repenti ! Et le second président américain catholique, descendant de huguenots, avec son épouse élevée dans la confession presbytérienne par sa grand’mère, prête serment sur la Bible, avec sa vice-présidente baptiste accompagnée de son mari juif, et la bénédiction est donnée par un pasteur méthodiste !

éditeur de combats