Moissac 1939-1945, Résistants Justes et Juifs

Moissac Boulet couv 1Sereinement, la ville de Moissac sauva plusieurs centaines d’enfants juifs entre 1940 et 1944. Le silence lia tous les habitants et permit aux jeunes Éclaireurs israélites de France, dirigés par Shatta et Bouli Simon, de vivre en sécurité malgré l’Occupation allemande et les mesures du gouvernement de Vichy.

François Boulet a dépouillé de nombreuses archives publiques et privées et parlé aux principaux acteurs et survivants de cette époque pour nous livrer ici un document fascinant sur la vie à Moissac avant la guerre, l’accueil des réfugiés espagnols, la défaite de juin 1940, la « zone libre », le refuge juif, l’occupation allemande, la Résistance, puis la Libération et l’épuration. Durant ces années, Moissac devient, grâce au soutien des Moissagais, la ville-refuge de plusieurs centaines de jeunes Juifs ou Éclaireurs israélites de France, jamais dénoncés, jamais inquiétés. La riche ville agricole de Moissac devient alors une « cité de Justes » fournissant un refuge spirituel juif étonnant, à l’origine d’une histoire locale passionnante de la France pendant les années terribles de la Seconde Guerre mondiale.

François Boulet, né à Moissac le 10 février 1965, est professeur agrégé, docteur en histoire, président de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques des Yvelines. Ses recherches portent sur les protestants français pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Europe des Habsbourg et le général de Gaulle. Depuis 1986, ses travaux historiques précisent aussi l’histoire de Moissac.

prix public : 15€
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Marie Louise et Jules Puech : résistants dans l’âme

Jules et Marie Louise PuechUn beau parcours que celui de Marie Louise et Jules Puech, deux intellectuels jaurèssiens originaires de familles bourgeoises protestantes du Tarn. Marie-Louise Millau est sans doute la première française à enseigner à la prestigieuse université canadienne de McGill à Montréal dans les années 1890. Elle rentre en France et épouse Jules Puech en 1908. Jules, docteur en droit, membre de la Ligue des Droits de l’Homme et admirateur d’Anatole France occupe un poste rémunéré par la Dotation Carnegie pour la Paix internationale, qui lui permet de participer à la gestion de la Bibliothèque Frédéric Passy, de la revue d’inspiration protestante La Paix par le Droit et de la Société française pour l’Arbitrage entre Nations où il côtoie le prix Nobel de la Paix, le sénateur d’Estournelles de Constant. N’ayant pas fait de service militaire, il s’engage dans l’infanterie, début 1915 (affecté au 258e RI d’Avignon) pour la raison simple que, si l’on veut établir la Paix par le Droit, il faut détruire le militarisme allemand. Le corpus de sa correspondance du temps de guerre compte des centaines de lettres.

D1000014En juillet, le voici sur le front, secteur de Verdun, en face du « gibet » (code pour que sa femme comprenne Montfaucon). Jusqu’au 24 septembre, il ne tire pas un seul coup de fusil ; le temps passe en heures de veille en première ligne et en corvées de terrassement.  Lors de l’offensive allemande sur Verdun en février 1916, les bombardements se font de plus en plus violents ; les derniers civils doivent évacuer les villages, peu à peu détruits. Le 258e disparaît dans les attaques de la fin de mars. Jules Puech passe au 365e RI, d’abord en secteur calme à la frontière suisse. Puis c’est le départ vers la Somme. Aux civils qui saluent les soldats passant dans le train, ceux-ci répondent par des cris « À bas la guerre » (16-6-16). Désormais, les personnages qu’ils détestent le plus sont, dans l’ordre, en premier le Kronprinz, et en second à égalité Guillaume II et Poincaré.  Il demande ce qu’attend Barrès pour aller au feu. De plus en plus souvent, dans ses lettres, figurent l’expression « saleté de guerre » qui donne le titre de notre recueil. Puech Cazals couv 1

C’est dans la bataille de la Somme, près de Flaucourt, en juillet 1916, qu’il est pris dans la fournaise, avec son fusil, sous le déluge de feu de l’artillerie et des mitrailleuses. Sur une carte hâtivement rédigée, il annonce qu’il est sain et sauf ; puis, sur une lettre plus longue, il raconte tous les détails du combat de la Maisonnette, non loin de Péronne. Il montre que les soldats (dont lui-même) sont terrorisés à l’idée d’une troisième campagne d’hiver qui s’annonce. « J’accepterais sans scrupules d’être évacué », écrit-il le 29 juillet. Son mauvais état de santé est reconnu. Il est envoyé vers l’arrière, déclaré inapte à l’infanterie et affecté en COA à Limoges en avril 17. Il ne reviendra pas sur le front.
Dès lors, il reprend ses activités dans les organisations pour la PBorieblanque Cazalsaix et en faveur de la SDN, occupant désormais un poste au ministère des Affaires étrangères jusqu’à sa retraite en 1940. Il peut alors se retirer sur son domaine agricole de Borieblanque, près de Castres (Tarn), d’où il envoie à Pétain des lettres de critique (anonymes évidemment), où il participe à une résistance intellectuelle avec son ami de jeunesse Albert Vidal et surtout où il aide sa femme à faire vivre un réseau de soutien à des intellectuelles étrangères réfugiées en France et sans ressources .

Éditeur de combats