Aux captifs la libération

ingridbetancourt.jpgOn aurait du mal à ne pas le savoir, et on lui reproche même parfois: Ingrid Bétancourt est libre! Mais beaucoup de ceux là même qui réclamaient sa libération s’en trouvent aujourd’hui un peu contrariés… Bien sur, l’achèvement d’un objectif de longue durée (6 ans c’est long pour une actualité esclave du quotidien) laisse parfois un sentiment de vide, mais cette fois ci c’est différent: pas de vide avec Ingrid, elle est partout! En France et en Colombie, à la télé et dans les journaux, à droite et à gauche… Non, ce qui gène, ce qu’on n’ose d’ailleurs lui reprocher qu’à mots couverts, c’est sa foi, cet inébranlable et affirmée foi catholique, mariale, spontanée et généreuse. Les bonnes âmes et adeptes des théories de conspiration en viennent à douter de la dureté de sa captivité, à la trouver en trop bonne santé, à être irrité par cette propension à pardonner ses adversaires, à remercier Dieu, à aller en pèlerinage à Lourdes. Comme si, au XXIème siècle, on ne pouvait être écologiste de gauche et croyant; comme si la raison devrait suffire, comme si l’exceptionnel ne pouvait pas être associé au spirituel.

Et si c’était l’inverse ? Si l’exceptionnel n’existait que grâce au spirituel ? A un spirituel pas forcément religieux, mais un spirituel qui dépasse la raison, qui se ressource dans un ailleurs détaché du monde. On pense bien sur à Martin Luther King, Ghandi, Mère Teresa, Albert Schweitzer, Mandela, et bien d’autres pour lesquels seule une très forte foi a permis de surmonter les épreuves endurées pour les autres.

peschelmemoirescouv.jpgPlus loin de nous, mais proche de nos mémoires protestantes, on se souvient des Marie Durand anonyme, des pasteurs du Désert, des dizaines de milliers de huguenots français persécutés pour « fait de religion ». Dans son émouvant journal écrit à la révocation, Samuel de Pechels nous fait partager ses peines (dragonnades, exil, captivité, perte de sa famille) qu’ils ne supporte que grâce à sa foi ardente. Une lecture inspirante qui nous rappelle que l’intolérance ne date pas d’hier, et que la force intérieure vainc toujours la violence extérieure.