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Les ancêtres huguenots de Kate Middleton

A l’occasion du mariage de Kate et William, une lectrice a porté à notre attention cette anecdote d’actualité: la nouvelle princesse anglaise, l’épouse du prince William, Kate Middleton descend de huguenots français réfugiés en Angleterre à la Révocation de l »‘édit de Nantes.

En effet son aïeul à la 11ème génération est Gaston Martineau, « médecin » de Bergerac, (les registres anglais mentionnent « surgeon » comme profession, une occupation de chirurgien, en général réservée au barbiers pour leur habileté à manier les outils tranchants..). Gaston Martineau quitta la France à 31 ans, et épousa en Angleterre en 1693, Marie Pierre, fille de  Guillaume Pierre, un autre huguenot français, arrivé aussi en Angleterre en 1685, l’année de la Révocation.

Gaston Martineau eut un fils, David Martineau, aussi « surgeon », né à Norwich en 1726.

Le fils de David, Thomas, est fabricant de tissu à Norfolk, où il fabrique du camelot et de la bombazine, tissus pour lesquels Norfolk était célèbre. Industriel du textile et unitarien pratiquant, il aura 7 enfants dont au moins 2 filles.

Elizabeth (née en 1794), est l’aïeule de Kate Middleton; la soeur d’Elizabeth, Harriet Martineau (qui ne se maria jamais) écrivit plusieurs livres sur la religion et la sociologie.  Amie de Darwin, Malthus, Charlotte Brontë et Wordsworth, elle s’embarqua pour les Etats Unis en 1835 et publia à son retour un livre : « Society in America » qui critiquait violemment l’inégalité de la société américaine, l’esclavage et la condition des femmes.

Weiss 1 couvJames Martineau, le frère d’Elizabeth et Harriet, deviendra un pasteur unitarien et philosophe religieux reconnu. Il écrira plusieurs ouvrage religieux et s’engagera calmement mais avec ferveur dans la défense de la foi unitarienne. La famille Martineau est citée dans l’ouvrage de Weiss sur les Réfugiés Huguenots en Angleterre.

Que souhaiter pour le Nouvel An ?

Santé, Bonheur, Prospérité, les vœux ne font pas dans l’originalité en cette période de crise où bien des gens voudraient surtout ne pas voir se détériorer encore plus leur situation quotidienne.

Meilleurs VoeuxEt c’est vrai finalement que c’est en ces temps difficiles que l’on perçoit comment le bonheur tient à peu de choses, la santé malgré les épidémies annoncées, le bonheur dans une société de consommation apparemment insatiable et la prospérité parce qu’après tout, … il faut bien vivre.

Mais au sortir de Noël, est -ce vraiment le message que la naissance du Christ nous apporte ? L’ange de Noël n’a pas annoncé la santé aux bergers, ni la prospérité ou le bonheur.  « Gloire soit à Dieu dans les lieux très-hauts, que la paix soit sur la terre et la bonne volonté dans les hommes! » (Luc 2.14). Voilà donc le vœu ultime, la Paix, sans laquelle les autres ne sont que des aspirations matérialistes insatisfaisantes.

Et même si la Paix annoncée par l’ange est beaucoup plus que l’absence de conflits armés, ceux qui ont vécu la guerre nous font apprécier à quel point la Paix est importante:

le 2 Janvier 1915, Jean Norton Cru (historien protestant de la grande guerre)  écrit du front à sa soeur : « Depuis le 18 Décembre, notre vie est beaucoup plus active, et du 20 au 24 il y a eu de la casse (pas à notre régiment). J’ai eu à rendre les derniers devoirs par une nuit sans lune et notre tâche se fit en deux fois, interrompue par une fusillade. Noël et le jour de l’An se sont passés comme les autres jours, il  furent même plus riches en « hardships »…. Les obus pleuvent ... » Le même jour, à l’arrière, Paul Vinard écrit dans son journal : « Voilà une nouvelle année déjà entamée, que nous apportera-t-elle ? Continuons à faire notre devoir et soyons prêts, laissant à Dieu de disposer de nous. »

VanEtten Chronique QuakerDans cet esprit de Paix, les Editions Ampelos ont terminé l’année 2009 en republiant les « Chroniques de la vie quaker en France« , un important témoignage sur ce groupe pacifiste qui s’illustra pendant la 2ème guerre mondiale par son assistance sans faille aux réfugiés et persécutés. Un bel exemple que la Paix qui nous est promise ne s’obtient pas dans une attente passive, mais par l’action des hommes et femmes de bonne volonté.

Que cette Paix intérieure et partagée soit avec nous en cette nouvelle année, et qu’elle éclaire nos vies, nos familles et nos entourages.

Protestants en fête !

Calvin n’en serait pas revenu! StrasbourgZenithCalvin

Des milliers de participants au culte de dimanche  (9 500 selon la police presse, probablement plus de 12 000 si l’on compte ceux qui s’entassaient au Palais des Congrès pour la « retransmission »), un remarquable succès de participation et d’organisation.

Des stands, des expositions, des débats, de la musique, des animations, des restos improvisés, de la musique encore et 2 événements  au Zénith, le concert du Samedi soir et le culte du Dimanche matin. Un culte de plus de 2 heures, avec un grand moment d’émotion, la lecture des Béatitudes par une lectrice non-voyante, ses doigts courant sur la Bible en braille. Plusieurs centaines de choristes sur la scène du Zénith, mais une exhortation à vivre dans une « sobriété heureuse ».

CahierAFAASToutes les couleurs du protestantisme y étaient représentées, toutes les opinions s’y exprimaient et dans la ville ou Calvin s’était réfugié après son premier séjour genevois, on pouvait entendre des anti-trinitaires débattre avec des « orthodoxes ».  (Castellion non plus n’en serait pas revenu…)

Trop d’activités pour toutes les citer ici, mais parmi celles-ci il faut quand même signaler la pose d’une plaque sculptée en l’honneur d’Albert Schweitzer au Stift, Albert Schweitzer qui étudia, enseigna, joua de l’orgue et précha à Strasbourg. (Voir aussi le nouvel ouvrage inédit que nous publions Agir, sermons sur les Missions, prononcés à Saint Nicolas à Strasbourg).

Un grand moment de fraternité donc, car tous, évangéliques, réformés, luthériens, étions réunis pour témoigner ensemble dans une ambiance musicale qui mélangeait psaumes de la Réforme, Jazz manouche et Gospel.

Et partout, du Défi Michée (qui organisait une campagne pour l’eau) à la librairie Jean Calvin (où l’on peut trouver les titres des Editions Ampelos) cette bonne humeur sérieuse et engagée qui est une espèrance pour le futur.

Changer le monde!

« Seuls les fous qui croient pouvoir changer le monde y parviennent».

henri dunantCette remarque d‘Henry Dunant sonne de plus en plus juste.

En cette rentrée 2009 de multiples commémorations peuvent servir à nous rappeler que ceux qui ont fortement contribué à changer le monde sont souvent partis avec une espérance forte mais des chances de réussite très minces.

Il y a 500 ans, qui aurait pu imaginer l’importance que prendrait la pensée de Calvin,  l’ouverture du message de l’Évangile à tous, la liberté offerte par le libre arbitre et la  séparation des pouvoirs religieux et civils qui annonçait le monde moderne. Mordant et sarcastique dans le Traité des Reliques ou engagé et courageux dans l’excuse aux Nicomédites, Calvin, le premier grand intellectuel de langue française balaie les croyances du passé et prépare un réveil intellectuel qui est encore en mouvement aujourd’hui.

A Solférino, il y a 150 ans, Henri Dunant, un jeune homme d’affaire suisse est horrifié par le sort des blessés laissés à mourir sur le champ de bataille: son idée d’une organisation neutre portant secours à tous les blessés quelque soit leur appartenance nationale deviendra la Croix Rouge.

En 1939, la CIMADE est créée pour venir en aide à l’origine aux populations évacuées d’Alsace et de Lorraine, puis aux internés des camps d’internement instaurés par l’administration de Vichy. Très vite, ses équipiers s’engageront dans le sauvetage des Juifs et organiseront, au péril de leur vie, des filières de refuge en Suisse ou dans les campagnes françaises. Aujourd’hui, elle assiste les étrangers dans les centres de rétentions.

Ces trois exemples qui nous sont proches nous démontrent une fois de plus que des individus inspirés et déterminés, peuvent, même sans moyens particuliers, changer, sinon le monde, du moins leur partie du monde. Alors, malgré la morosité d’une crise ambiante, comme Calvin, Dunant, les équipiers de la CIMADE et bien d’autres, laissons nous inspirer et soyons assez fous pour penser que chacun d’entre nous peut, à sa façon et dans son périmêtre,  changer le monde et le rendre meilleur.

On ira tous au paradis (fiscal)

bourse2.jpgÇa y est, à l’approche de Pâques, nous en avons enfin la liste… Pour tous ceux qui se demandaient s’ils étaient prédestinés (année Calvin oblige!), il est maintenant facile d’aller au paradis; on découvre en effet (si on ne le savait pas encore), que notre beau pays est entouré de ces paradis: Suisse, Andorre, Monaco, Luxembourg, Iles Anglo-Normandes (et encore ne compte t on pas la Belgique, si accueillante aux grandes fortunes récentes françaises, ni le Royaume Uni…).

Étrange, d’ailleurs ce vocable paradisiaque,  pour désigner les lieux où se retrouvent les impôts impayés, ou plutôt les corporations qui ne veulent pas payer d’impôt; dans le glossaire de l’entreprise, le paradis serait donc le lieu où l’on ne partage pas, où l’on garde pour quelque uns (grands actionnaires et management), la valeur ajoutée créée par tous… Sans doute est-ce une astuce de communication de rebaptiser (si j’ose dire) le centre de l’avidité et souvent de l’illégalité d’un vocable à la promesse attrayante. George Orwell aurait apprécié…

Charles Wagner : Le Bon Samaritain

Rien à voir, bien sur, avec le paradis  promis par l’Écriture; un paradis pour ceux qui donnent, gratuitement, pour ceux qui partagent, qui souffrent avec.  Dans « Le Bon Samaritain« , Charles Wagner nous met en garde: « Une autre loi s’élabore lentement dans le mauvais fond de notre cœur, alimentée par les éléments troubles et malfaisants du milieu, et cette loi la voici : « Ton Dieu c’est toi même et tu t’offriras ton prochain en sacrifice;« Il nous décrit ensuite les mécanismes de cette « mauvaise loi » dont le résultat concret est que « … l’œuvre de Dieu, sa volonté, ses créations, ses semailles longues et laborieuses à travers les siècles, tout cela est là pour mon seul profit et le prochain est ma chose, le jouet de mon orgueil, de mon plaisir, de mon caprice. Littéralement, Je m’offre le prochain.  »

Nous sommes là bien loin du repos éternel envisagé par le même Wagner à la mort de sonCharles Wagner : L'Ami fils : « Te savoir en sa main,  dans cette main où sont aussi les vivants, voilà notre suprême refuge dans la peine.« (L’Ami).  Une vision très simple mais radicale par sa simplicité du paradis, pas du tout une prolongation « éternelle » de la vie, comme le précise Wagner, pas du tout comme si  » on entrerait avec armes, bagages et titres, au banquet céleste où subsisteront les hiérarchies et la satisfaction invétérée de se sentir premier« . Un paradis où les privilèges n’ont plus cours, les richesses ne sont plus les mêmes, la puissance n’appartient qu’à Dieu. Un paradis qui ne serait donc pas un repaire de privilégiés échappant à leurs devoirs fiscaux, mais plutôt une occasion de vivre dans l’éternité de tout l’amour pour son prochain que chacun a l’occasion d’exercer durant son passage terrestre.

Quant à ceux  qui vont redoubler d’ingéniosité pour mettre « à l’abri » leur contribution à la société, Esaïe nous les décrit clairement : « Leurs pensées sont des pensées d’iniquité. Le ravage et la ruine sont sur leur route.Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, et il n’y a point de justice dans leurs voies. Ils prennent des sentiers détournés … » (Esaie LIX, 7-8)

Rabbit is dead!

Un titre étrange pour un éditorial dédié à la Réforme et ses représentants, mais qui n’étonnera pas les amateurs de littérature américaine. Rabbit, c’est bien sur le personnage phare des premiers romans de John Updike, ce géant des lettres disparu il y a quelques semaines.

john-updike.jpgDans plus de 20 romans, et une douzaine de recueils de nouvelles, John Updike nous décrit les péripéties de la vie de l' »American  small town, Protestant middle class ». Ses personnages sont toujours humains, tiraillés entre leurs aspirations morales et spirituelles et leur gout du plaisir et des transgressions. Tout au long des 50 dernières années, nous partageons le quotidien et les secrets des américains moyens, leurs interrogations, leurs abandons, leur prospérité matérielle grandissante et leur insécurité spirituelle. Car John Updike, connu pour ses chroniques de l’adultère de la classe moyenne était aussi un protestant convaincu, inspiré par Karl Barth et Kierkegaard; les personnages de pasteurs, fils de pasteurs ou femme de pasteurs sont nombreux dans ses romans, et sa théologie est sans doute clairement exprimée dans une tirade de Fritz Kruppenbach, le pasteur luthérien de « Run, Rabbit, Run »: « When on Sunday morning, then, when you go out before their faces, we must walk up not worn out with misery but full of Christ, hot with Christ, on fire: burn them with the force of our belief. This is why they come; why else would they pay us? Anything else we can do and say anyone can do and say. They have doctors and lawyers for that… »

Quelques décades plus tard, dans « Roger’s version » il confrontera sa théologie barthienne avec celle d’un étudiant évangélique dans un roman qui mêle théologie, sexe et Tertullien.

Profondément humain, profondément croyant, seul face à Dieu, conscient de ses faiblesses et reconnaissant pour la grâce qui seule peut le sauver, Updike était probablement non seulement le plus important, mais le aussi le plus abordable écrivain protestant du 20ème siècle. Peu d’auteurs ont su intégrer aussi harmonieusement une théologie exigeante et une tolérance large pour les limitations morales de nos contemporains; Updike, tendre moraliste, nous accompagne dans toutes les périgrinations de l’âme moderne.

We’ll miss you, Rabbit!

Le rêve de Martin Luther King

obama.jpgUn rêve : 40 ans après l’assassinat du pasteur King, Barack Obama est élu président des États Unis.

Un rêve : après 8 ans de vaches maigres pour beaucoup (et de vaches grasses pour certains), la première puissance mondiale se donne un président qui veut répartir plus équitablement les richesses, protéger l’environnement et maintenir les libertés individuelles.

Un rêve ancien déjà; les rappels historiques du discours d’investiture remontent aux pères fondateurs et au colons qui les ont suivis, colons dont beaucoup, (comme les durandvoyage.jpgancêtres de Joe Biden) étaient des huguenots chassés de France. Il faut lire l’histoire des milliers de français qui mirent voile vers le Nouveau Monde; il est édifiant de voir comment, en 1687 déjà, ce pays attirait par ses promesses de liberté religieuse et de tolérance. Durand, huguenot du Dauphiné nous dit son étonnement et son plaisir de se trouver en Virginie où il peut pratiquer sa foi sans contrainte. Il faut lire ses récits de ses périples dans une contrée industrieuse où cet aristocrate français découvre les vertus d’un peuple laborieux et inventif.

wagneramerique.jpgEt plus près de nous encore, un livre clé pour comprendre l’Amérique d’Obama dans sa continuité historique: au début du siècle passé, Charles Wagner, le pasteur humaniste bien connu est invité à précher à la Maison Blanche par Théodore Roosevelt (lui aussi descendant de huguenots). Il en rapporta un livre passionnant sur l’Amérique de la révolution industrielle, sur ses progrès et ses contradictions, sur ses succès et ses erreurs. Mais surtout, il sut bien comprendre la religiosité des américains, l’importance toujours présente de la religion dans la société civile et leur rapport très protestant à Dieu et aux églises. Un livre clé pour aborder la religion en Amérique.

Un rêve encore, entendre dans le discours d’inauguration d’Obama son interprétation personnelle et pleine d’espoir de la fameuse devise « In God we trust » : « C’est là la source de notre confiance, le fait de savoir que Dieu nous appelle pour façonner un destin incertain. « 

Bonne Année Calvin !

Enfin 2009, le tant attendu 500ème anniversaire de la naissance de Jean Calvin! Déjà préparé par les principales églises réformées de Suisse, France, États-Unis, Hollande et autres pays à population calviniste, le voilà officiellement démarré….

chocolatcalvin.jpg Nous avons déjà du chocolat Calvin, suisse, bien sur, et délicieux parait-il, d’innombrables biographies et/ou hagiographies,  des célébrations pour occuper toute une année, des expositions, bientôt des porte-clés, sans doute, des T-shirts, des discours, des sites Web etc… tout cela pour « honorer » un homme qui s’est fait enterrer en secret justement pour éviter ce genre d’idôlatrie.

Pour ne pas être en reste, les Editions Ampelos ont donc décidé de se mettre de la partie, mais à leur façon, une façon que Calvin n’aurait sans doute pas (toujours) désavouée… Nous commencerons en publiant un de ses plus amusants (oui, amusants, vous avez bien lu..) ouvrages, le Traité des Reliques, réédité en français moderne pour ne rien perdrecalvinreliques2.jpg de la saveur et de la verve de cet ouvrage. Et puis chaque mois, nous continuerons notre travail iconoclaste en publiant selon l’humeur des ouvrages de contemporains ou disciples de Calvin, des opposants aussi, Castellion par exemple, et plus généralement de nombreux auteurs s’appuyant sur les apports de la doctrine et la méthode calvinienne: une analyse froide et claire des sujets de société basés sur la responsabilité individuelle du chrétien et sa foi en une grâce gratuite mais exigeante.arnaudvaudoiscouv.jpg

Très tôt l’influence théologique de Calvin rayonna parmi ses contemporains; la publication en 1536 de l’Institution de la Religion Chrétienne permit l’unification des nombreux mouvements qui se réclamaient d’une Eglise proche de l’Eglise d’origine et moderne dans sa théologie. Dans son ouvrage sur les Vaudois du Dauphiné, E. Arnaud nous raconte la « conversion » des Vaudois au « protestantisme.

Sa vie d’errances et de fuite (jusqu’à ses 20 dernières années qu’il passa à Genève) fût sans nul doute une Puaux Tolérance Couv1inspiration pour les milliers de huguenots fugitifs qui quittèrent la France à la Révocation.  Malgré quelques erreurs importantes (Servet, Castellion, « Sorciers » ..) sa philosophie claire et imprégnée de l’enseignement de la Bible fût aussi l’inspiration pour la génération de philosophes qui inventa la tolérance et prépara les Lumières. Dans les siècles qui suivirent, de très nombreux penseurs se réclamérent ou s’inspirérent de sa pensée; Weber lui attribua les fondements de l’éthique du capitalisme et au début du XXème siècle, le mouvement du Christianisme Social prôna un rapprochement entre Christianisme et socialisme. Plus près de nous, l’intense activité de résistance et de sauvetage des Juifs déployée par de nombreux protestants français (mais aussi allemands, suédois, hollandais etc..) doit beaucoup à l’idée calvinienne qu’à Dieu Seul la Gloire (Deo Soli Gloria) et qu’on doit s’opposer aux gouvernements des hommes qui sont contraires aux enseignements de Dieu.

Aujourd’hui encore, son héritage est disputé, mais nous aimons mieux dire que, comme tout arbre vigoureux, sa pensée s’est développée en de multiples branches qui partent dans toutes les directions.

Mais toutes pointent vers le ciel…

Apocalypse boursière ?

bourse2.jpgIl n’est de jour qu’on ne lise que telle société importante est maintenant au bord du gouffre, que telle autre, dont l’arrogance était proverbiale, va licencier 10 000 ou 50 000 employés, que tel « grand patron » jadis victorieux et conquérant en venait maintenant à mendier à l’Etat quelques milliards de l’argent des citoyens…

Et chaque semaine, avec une irrégularité qui permet encore quelques beaux profits et de nouvelles pertes, la Bourse (notez le B majuscule, comme dans la Babylone de l’Apocalypse) continue de descendre, faisant les unes des journaux et le désespoir des anciens « golden people ». Et chacun de courir se réfugier derrière qui, la religion, qui l’Etat, qui la politique… Et de sortir les vieilles prophéties, de dépoussierer les vieux clichés, de raviver les vielles haines et incompréhensions.

« Car tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien; et tu ne connais pas que tu es malheureux et misérable et pauvre, et aveugle et nu. » (Apoc. III, 17)

Mais s’il est parfois ironique de voir les anciens contempteurs de l’Etat, réclamer maintenant son intervention, s’il est amusant de voir les belles certitudes arrogantes des puissants s’effondrer face aux désastres qu’ils n’arrivent pas à controler, il ne faut pas oublier que des centaines de milliers d’indivivus y perdent leurs économies, leurs retraites, leurs emplois. Et s’imaginer qu’une crise financière viendra « purger » ou purifier un système économique complexe et imparfait risque d’être illusoire et frustrant.

labelfinansol.jpgLa crise n’est pas l’Apocalypse! Elle n’annonce pas le Jugement dernier; c’est un soubressaut d’un marché complexe (sur le sujet, lire le très bon livre de Jean-Jacques Perquel sur le Marché financier américain) qui tour à tour bénéficie et pâtit de la mondialisation des échanges. Et au milieu de cette crise, au hasard d’une lecture d’un récent dossier de Réforme , un commentaire intéressant du Président de Finansol qui rappelle que l’épargne solidaire, investie dans des sociétés non cotées, est peu affectée par la crise boursière. Même chose pour Oikocredit qui fait du microcrédit pour des projets de développement.

charleswagnersamaritain.jpg

Ceux qui ont misé (joué?) sur les « valeurs de croissance » se retrouvent, ruinés; ceux qui ont misé sur les valeurs humaines n’ont rien perdu…. Dieu a le sens de l’humour, et il ne cesse de nous rappeller qu’au modèle du « golden boy » il préfère celui du Bon Samaritain.

Martin Luther King’s dream

obama2.jpgLes résultats sont là, et la nouvelle qui était incroyable il y a quelques mois est maintenant confirmée: les Américains ont élu un président jeune, progressiste, afro-américain, et tellement déterminé à changer la société US qu’il en a fait le leitmotiv de sa campagne: CHANGE!

Impossible en voyant les images de cette élection américaine de ne pas penser au merveilleux discours du pasteur Martin Luther King il y a 45 ans: « I have a dream« :

I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: « We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal. »

……

I have a dream that my four children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character.

I have a dream today.

……….

I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plain, and the crooked places will be made straight, and the glory of the Lord shall be revealed, and all flesh shall see it together.

Impossible de ne pas être ému par l’immense espoir que représente cette élection, pas seulement pour les minorités américaines, mais pour tous ceux qui désirent un changement de politique, un retour aux valeurs fondementales de ce grand pays.

Impossible de ne pas partager le rêve de MLK, qui nous rappelle avec des mots d’aujourd’hui qu’ : « il n’y plus ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme; car tous sont un en Jésus-Christ » (Ga 3,28; Col 3,11). »

Et au terme d’une campagne qui fût très protestante (3 des 4 candidats principaux -Obama, McCain, Palin sont protestants et Joe Biden qui est catholique descend d’un huguenot français quaker…) dans l’opiniâtreté des candidats, leur respect mutuel, et leur insistance sur les changements nécessaires (semper reformanda), impossible de ne pas se prendre à penser qu’à Dieu rien n’est impossible et que parmi la débacle boursière actuelle et la crise aux impacts encore mal mesurés, il sait nous envoyer des messages d’espoir et nous rappeller qu’il n’y a que la foi qui rende les rêves possibles.

Rentrée et Réveil

rentree-des-classes.jpgÇa y est, c’est reparti; les vacances sont finies, oubliées même depuis quelques semaines, les enfants sont rentrés en classe, et même le retour au boulot a perdu ce goût de retrouvailles. La machine à café n’arbitre plus les débats sur les mérites respectifs de la côte Atlantique (belles plages mais il pleut..) et de la Méditerranée (Soleil, mais que de monde!), la course aux fournitures scolaires est (presque) terminée, et la routine recommence à s’installer. Si l’on n’y prend pas garde, on va reprendre, comme l’an passé, juste un peu plus vieux, un peu plus fatigués, un peu plus blasés, un peu plus inquiets des crises économiques qui se profilent.

Et si au contraire, l’automne était une bonne époque pour réfléchir et repartir dans un nouveau chemin; et si chaque jour était une nouvelle chance, un nouveau départ, une nouvelle grâce? Et si tout était de nouveau possible, comme un jour nouveau, un nouveau réveil. Sur le Réveil, dont on célébrait le « 150ème anniversaire » à l’Assemblée du Désert cette année, il est intéressant de lire le témoignage de Samuel Vernier. Petit fils de Jeanvernierreveil.jpg Frédéric Vernier qui fût un des instigateurs du Réveil du XIXème siècle dans la Drôme, il nous raconte les péripéties des missionnaires qui ont un jour décidé de faire partager leur foi à leur voisins et concitoyens. Un quotidien de joies et de frustrations, de communion et d’hostilité, mais jamais de routine. Même si cet ouvrage manque un peu de recul historique (et c’est ce qui en fait un témoignage attachant), le lecteur est impressionné par l’ardeur, la foi et l’enthousiasme de Vernier, Cook et Rostan. Ardeur, Foi et Enthousiasme, à qui ne le souhaiterait on pas en cette fraiche rentrée ? Et ce feu qui, comme se plait à le rappeler Vernier, n’était pas « de paille » comment le retrouver dans un quotidien qui a si vite tendance à devenir routinier? la réponse de Vernier : le Livre!

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Le Livre! le Livre seul, le retour à l’Ecriture dans l’humilité du lecteur qui cherche. C’est la même réponse que nous propose Pierre-Yves Ruff dans son dernier ouvrage. Le livre comme source de toutes les certitudes et de tous les doutes. Le Livre pour chercher, pour réveiller, pour comprendre et pour être libre. Le Livre comme remède à l’échec et à la désespérance. Ce Livre qui depuis plus de 2000 ans accompagne ceux qui souffrent et ceux qui cherchent, ceux qui rêvent et ceux qui réveillent, ceux qui ont le cœur pur et ceux qui sont persécutés pour la justice. D’un bout à l’autre du spectre théologique, le Livre qui réunit malgré eux les frères séparés, le Livre comme le tronc dont toutes les interprétations sont les branches.

Alors dans une rentrée où tant de livres, (scolaires, prix littéraires etc..), captent votre attention, nous vous souhaitons de trouver du temps pour celui qui sera toujours là et qu’il fasse de votre rentrée un renouveau.

Aux captifs la libération

ingridbetancourt.jpgOn aurait du mal à ne pas le savoir, et on lui reproche même parfois: Ingrid Bétancourt est libre! Mais beaucoup de ceux là même qui réclamaient sa libération s’en trouvent aujourd’hui un peu contrariés… Bien sur, l’achèvement d’un objectif de longue durée (6 ans c’est long pour une actualité esclave du quotidien) laisse parfois un sentiment de vide, mais cette fois ci c’est différent: pas de vide avec Ingrid, elle est partout! En France et en Colombie, à la télé et dans les journaux, à droite et à gauche… Non, ce qui gène, ce qu’on n’ose d’ailleurs lui reprocher qu’à mots couverts, c’est sa foi, cet inébranlable et affirmée foi catholique, mariale, spontanée et généreuse. Les bonnes âmes et adeptes des théories de conspiration en viennent à douter de la dureté de sa captivité, à la trouver en trop bonne santé, à être irrité par cette propension à pardonner ses adversaires, à remercier Dieu, à aller en pèlerinage à Lourdes. Comme si, au XXIème siècle, on ne pouvait être écologiste de gauche et croyant; comme si la raison devrait suffire, comme si l’exceptionnel ne pouvait pas être associé au spirituel.

Et si c’était l’inverse ? Si l’exceptionnel n’existait que grâce au spirituel ? A un spirituel pas forcément religieux, mais un spirituel qui dépasse la raison, qui se ressource dans un ailleurs détaché du monde. On pense bien sur à Martin Luther King, Ghandi, Mère Teresa, Albert Schweitzer, Mandela, et bien d’autres pour lesquels seule une très forte foi a permis de surmonter les épreuves endurées pour les autres.

peschelmemoirescouv.jpgPlus loin de nous, mais proche de nos mémoires protestantes, on se souvient des Marie Durand anonyme, des pasteurs du Désert, des dizaines de milliers de huguenots français persécutés pour « fait de religion ». Dans son émouvant journal écrit à la révocation, Samuel de Pechels nous fait partager ses peines (dragonnades, exil, captivité, perte de sa famille) qu’ils ne supporte que grâce à sa foi ardente. Une lecture inspirante qui nous rappelle que l’intolérance ne date pas d’hier, et que la force intérieure vainc toujours la violence extérieure.

Le Roi Lion

malraux.jpgJ’aime bien la phrase (apocryphe?) de Malraux sur le XXIème siècle qui « sera spirituel ou ne sera pas. » Et même si elle n’est pas de Malraux (voir le site Malraux) c’est une belle formule qui semble se vérifier régulièrement. Sans rentrer ici dans le débat entre religion et spiritualité, on voit régulièrement des manifestations de cette aspiration de l’homme à une certaine transcendance, un espoir que la vie ne soit pas que « métro, boulot, dodo », qu’il y ait d’autres valeurs que la consommation effrénée et le pouvoir, d’autres nourritures que les best-sellers mal traduits et le dernier bistrot à la mode.

Et les temples et les églises se vident, (un peu moins semble t il les synagogues et pas du tout les mosquées) car nos contemporains ne cherchent plus cette communion, cet ensemble autour de principes simples et de bonnes intentions…

Mais est-ce bien vrai? J’amenais la semaine passée mes enfants à une représentation du « Roi Lion », où devant prés de 2000 personnes, le héros désabusé se remotive au rythme d’une super musique africaine dont les paroles sont « Il vit en toi ». Le « Il » c’est bien sur son Père, mort pour le sauver, sacrifié pour lui, par sa faute, livré aux méchantsleroilion.jpg.

« Il vit en toi », et Simba trouve le courage de rentrer aider les siens, d’accomplir son devoir, d’écouter l’appel que son Père lui dicte à travers sa mort.

Sans doute que les costumes de nos pasteurs ne valent pas ceux de Disney, c’est vrai aussi que beaucoup de nos psaumes ne sont pas aussi entrainants que la musique d’Elton John, mais le message me parait similaire (et Disney est plus gourmand pour l’offrande…).

Alors, Malraux? Disney? ou la Bible ? je vous laisse choisir, mais pour Disney dépêchez vous de réserver, pour la Bible par contre, c’est quand vous voulez…

Pour que Noël n’oublie personne…

etoiles.jpgMême dans ces moments festifs de surconsommation effrénée, il est courant de voir fleurir les appels à la raison, à la charité, à la bonne conscience peut être, et au don, bien sur… pour que Noël n’oublie personne. Mais tout en étant totalement d’accord avec les initiatives visant à réduire la consommation en cette période, je crains que ces appels à la bonne ou mauvaise conscience et au portefeuille ne manquent leur cible, et surtout qu’ils n’oublient totalement l’essence et le message de Noël.

Car dès l’origine, Noël n’oublie personne… Dès l’origine, les petits, ceux qui dorment dehors avec leurs moutons, savent que le Sauveur est pour eux. Et non seulement qu’il est pour eux, mais qu’il est comme eux, petit, étranger, faible, et comme eux, Il dort avec les animaux car « il n’y avait point de place pour eux dans l’hostellerie ». Et pour l’annoncer à ces bergers « couchant aux champs », un Ange se déplace, les rassure et leur annonce la Bonne Nouvelle et la « grande joie, laquelle sera à tout le peuple ».

Noël n’oublie personne! car Noël est pour toutes et tous, pauvres et riches, tristes et joyeux, petits et grands. Alors à toi, ami lecteur, régulier ou de passage, nous te souhaitons un Joyeux Noël, un Noël de renouveau, de Joie et de Paix.

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Abandon

L’histoire est connue : un homme/une femme rêve à sa vie passée et voit sur la plage de ses années des traces de pas sur le sable. Étonnamment, il y a souvent 2 traces marchant en parallèle; « Seigneur, s’écrit notre rêveur, pourquoi ces empreintes à coté des miennes ? Ce sont les Miennes répond le Seigneur, qui t’accompagnent au long de ta vie. Mais en y regardant de plus prés, le rêveur s’aperçoit qu’aux moments les plus difficiles de sa vie, il n’y a qu’une seule trace. « Seigneur, pourquoi m’as tu abandonné quand j’avais le plus besoin de Toi? »

« Regarde bien, répond le Seigneur; quand il n’y a qu’une seule trace, les empreintes sont plus profondes, et c’est qu’à ce moment là Je te portais!  »

Et c’est ainsi que ce qu’on croyait être l’abandon par Dieu, était en fait l’abandon à Dieu; quelle belle histoire, quelle belle leçon, quel espoir merveilleux de se dire qu’au moment où l’on se sent le plus éloigné de la grâce, au moment où on en a le plus besoin, c’est justement à ce moment, que Dieu nous soutient et qu’il faut savoir s’abandonner à son soutien.

michelange.jpgC’est sans doute la même idée que Michel Ange nous transmet dans sa fresque de la chapelle Sixtine; à gauche, Adam et sa main indécise, malhabile, hésitante, détachée,mais pas abandonnée de celle de Dieu. A droite, celle du Créateur, déterminée, ferme et qui montre le chemin. Le pauvre Adam ne semble pas vraiment savoir quoi faire de cette autonomie nouvelle, (et Dieu sait qu’il n’en fera pas que du bien…), mais Dieu lui montre le chemin, lui montre aussi que c’est à lui, Adam, à nous tous aussi, de décider comment aller sur ce chemin.

A nous de choisir, à chaque croisée des chemin, quelle direction prendre, quelle vitesse adopter, quelle allure tenir; à lui d’avancer, d’errer parfois, de se retourner pour revoir ce doigt divin qui pointe vers la vérité. A nous de suivre notre chemin, de le croiser avec celui des autres, de mettre nos pas dans ceux de Dieu, en cherchant parmi les traces sur le sable lesquelles sont les siennes. coverruffpas.jpg

Dans son nouveau livre, « Le Pas de l’Autre », Pierre-Yves Ruff nous décrit ses sentiers et ses retours, ses incertitudes et ses convictions, ses avancées et ses égarements. Et dans toutes ces pérégrinations, une seule boussole, une seule lumière qui le guide: une foi profonde, bâtie sur la raison comme sur l’amour de Dieu, une foi inextinguible car Dieu n’abandonne jamais.