On ira tous au paradis (fiscal)
Par AmpelosWebMaster | 13.04.2009
Ça y est, à l’approche de Pâques, nous en avons enfin la liste… Pour tous ceux qui se demandaient s’ils étaient prédestinés (année Calvin oblige!), il est maintenant facile d’aller au paradis; on découvre en effet (si on ne le savait pas encore), que notre beau pays est entouré de ces paradis: Suisse, Andorre, Monaco, Luxembourg, Iles Anglo-Normandes (et encore ne compte t on pas la Belgique, si accueillante aux grandes fortunes récentes françaises, ni le Royaume Uni…).
Étrange, d’ailleurs ce vocable paradisiaque, pour désigner les lieux où se retrouvent les impôts impayés, ou plutôt les corporations qui ne veulent pas payer d’impôt; dans le glossaire de l’entreprise, le paradis serait donc le lieu où l’on ne partage pas, où l’on garde pour quelque uns (grands actionnaires et management), la valeur ajoutée créée par tous… Sans doute est-ce une astuce de communication de rebaptiser (si j’ose dire) le centre de l’avidité et souvent de l’illégalité d’un vocable à la promesse attrayante. George Orwell aurait apprécié…
Rien à voir, bien sur, avec le paradis promis par l’Écriture; un paradis pour ceux qui donnent, gratuitement, pour ceux qui partagent, qui souffrent avec. Dans “Le Bon Samaritain“, Charles Wagner nous met en garde: “Une autre loi s’élabore lentement dans le mauvais fond de notre cœur, alimentée par les éléments troubles et malfaisants du milieu, et cette loi la voici : “Ton Dieu c’est toi même et tu t’offriras ton prochain en sacrifice;“Il nous décrit ensuite les mécanismes de cette “mauvaise loi” dont le résultat concret est que “… l’œuvre de Dieu, sa volonté, ses créations, ses semailles longues et laborieuses à travers les siècles, tout cela est là pour mon seul profit et le prochain est ma chose, le jouet de mon orgueil, de mon plaisir, de mon caprice. Littéralement, Je m’offre le prochain. ”
Nous sommes là bien loin du repos éternel envisagé par le même Wagner à la mort de son
fils : “Te savoir en sa main, dans cette main où sont aussi les vivants, voilà notre suprême refuge dans la peine.“(L’Ami). Une vision très simple mais radicale par sa simplicité du paradis, pas du tout une prolongation “éternelle” de la vie, comme le précise Wagner, pas du tout comme si ” on entrerait avec armes, bagages et titres, au banquet céleste où subsisteront les hiérarchies et la satisfaction invétérée de se sentir premier“. Un paradis où les privilèges n’ont plus cours, les richesses ne sont plus les mêmes, la puissance n’appartient qu’à Dieu. Un paradis qui ne serait donc pas un repaire de privilégiés échappant à leurs devoirs fiscaux, mais plutôt une occasion de vivre dans l’éternité de tout l’amour pour son prochain que chacun a l’occasion d’exercer durant son passage terrestre.
Quant à ceux qui vont redoubler d’ingéniosité pour mettre “à l’abri” leur contribution à la société, Esaïe nous les décrit clairement : “Leurs pensées sont des pensées d’iniquité. Le ravage et la ruine sont sur leur route.Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, et il n’y a point de justice dans leurs voies. Ils prennent des sentiers détournés …” (Esaie LIX, 7-8)
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