Sylvain Vergara, une famille de résistants

En complément de l’ouvrage de Sylvain Vergara , nous publions ici des informations récentes sur sa famille et l’engagement des différents membres de cette famille.

Sylvain Vergara, ce héros méconnu dont le destin bascule en 1943… à 18 ans ! Entretien avec sa fille, Anne Vergara.

Sylvain Vergara est un homme discret, assez secret même ; habité toute sa vie par le souvenir des mois qu’il a passé au camp de Buchenwald, où il était l’un des plus jeunes prisonniers non juifs. Il va devenir, pour ses compagnons de détention, le symbole de l’espoir : celui qui a une chance de s’en sortir car sa jeunesse va lui permettre de résister aux traitements inhumains auxquels ils sont soumis.

Fils du pasteur Paul Vergara (Juste parmi les nations) qui a monté un réseau de résistance au sein de la Clairière (association d’aide sociale de la paroisse de l’Oratoire du Louvre), Sylvain va s’engager dans la Résistance.

Revenu des camps, il attendra les années 1960 pour écrire son unique livre, Les Chemins de l’aube, qui raconte l’horreur au quotidien mais aussi l’amitié et la volonté de rester digne.

Sa fille Anne, professeur de français langue étrangère, une des six enfants de Sylvain et Yvonne, fait revivre la personnalité complexe de son père décédé à Nîmes en 1993.

– Qui était Sylvain Vergara ?

Mon père avait une personnalité fantasque, hors du commun et drôle. Par exemple, il aimait prendre des accents différents lorsqu’il rencontrait de nouvelles personnes, jusqu’au jour où il s’est retrouvé face à deux personnes qui le connaissaient sous des accents différents. Pour se tirer de ce mauvais pas, il a simulé un mal de gorge le rendant momentanément aphone… pour la plus grande joie de ses enfants !

Mais c’était également un homme terriblement blessé par sa bouleversante expérience des camps. Il faisait régulièrement des cauchemars épouvantables et des crises, liés à ce qu’il avait vécu en déportation. Sylvain prendra souvent des somnifères pour arriver à dormir.

Personnalité cyclothymique, ses réactions étaient parfois imprévisibles : à table il lui arrivait de jeter un verre d’eau à la tête d’un de ses enfants qui, sans le vouloir, avait ravivé un souvenir insupportable pour lui. Il ne fêtait pas vraiment Noël avec sa famille mais s’isolait dans sa chambre pendant que chacun se réjouissait. Plus tard, il expliquera à ses enfants : « La veille de Noël, mon meilleur ami a été pendu par les nazis au camp de Buchenwald ».

– Comment s’est passée sa jeunesse ?

Sylvain est scolarisé au collège de Guyenne à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), puis interne à l’Institut protestant de Glay (Doubs).

Il participe au sauvetage d’enfants juifs au sein du réseau clandestin établi à La Clairière où son père, le pasteur Vergara, gère le centre d’aide sociale protestant qui venait en aide à la population défavorisée du quartier des Halles à Paris.

En octobre 1943, à la veille de retourner au lycée, Sylvain est arrêté par les nazis, interné et torturé à la prison de Fresnes puis envoyé à Neue Bremm, effroyable camp d’éducation nazi créé pour briser les gens, avant d’être déporté à Buchenwald en février 1944 avec la mention NN, Nacht und Nebel (« Nuit et Brouillard »), pour les prisonniers dont on ne devait plus jamais entendre parler : ceux qui devaient disparaître sans donner de nouvelles… Ce qui prouve que Sylvain n’a pas seulement accompagné des enfants juifs pour les mettre en sécurité, mais a dû jouer un rôle important dans la Résistance !

Quand il est rapatrié en 1945 et arrive à la gare d’Orsay : il pèse 24 kg. Il n’a pas la force de reprendre des études ; au bout d’un an, son père lui dit : « Ça suffit, il faut que tu trouves du travail ». Il va chercher des petits jobs et en 1950 il décrochera un job à l’ambassade d’Indonésie.

Sylvain se découvrira une passion pour l’horticulture, ce qui lui donnera l’occasion tout au long de sa vie de faire de longues balades dans la nature. Plus tard, il sera microbiologiste à l’INRA. Il va suivre des cours du soir d’horticulture tout en courtisant sa future femme, Yvonne van Nierop, d’origine néerlandaise et juive par son père, que le pasteur Vergara a recueillie chez lui lorsqu’elle était adolescente, après la rafle du Vel’ d’Hiv. Yvonne est la meilleure amie de Sylvie, la sœur jumelle de Sylvain. Devenue adulte, Yvonne qui est trilingue français, néerlandais et anglais, travaillera comme assistante de direction à l’ambassade des Pays-Bas.

Sylvain et Yvonne auront six enfants : Inès, Anne, Marc, Valérie, Nathalie et Éric.

– Quelles étaient les relations de Sylvain avec son père ?

Ils avaient des relations difficiles. Sylvain était le second garçon, né en 1924, mais le seul survivant car son frère aîné, Marc, était mort à 4 ans de la grippe espagnole en 1918.

Avec sa sœur jumelle Sylvie, ils étaient les deux derniers d’une fratrie de six enfants. Son père était très sévère avec lui ; ainsi, lors d’une excursion en montagne en Suisse, le pasteur exige que son fils saute pour franchir une crevasse alors qu’il n’a que sept ans. Pour l’encourager, il lui donne une gifle. Plus tard, Sylvain dira que ce souvenir l’a aidé à supporter les mauvais traitements au camp.

– Comment Sylvain et sa famille se sont-ils engagés dans la Résistance ?

En juin 1940, de nombreux jeunes sont pleins d’idéal et veulent rejoindre de Gaulle à Londres ou dans les réseaux de Résistance en France. Les jumeaux, Sylvain et Sylvie, en font partie. Sylvie sera prise par la Gestapo alors qu’elle découpe discrètement des morceaux d’uniformes sur des soldats allemands dans le métro pour les épingler, tels des trophées, au revers de sa veste. Ce jour-là, Sylvain réussit à s’échapper et court prévenir sa famille.

En effet, c’est au sein de l’association La Clairière que le pasteur Vergara a mis en place un réseau de Résistance pour, entre autres, sauver des enfants juifs. A l’origine, la Clairière est une œuvre d’aide sociale de l’Oratoire du Louvre fondée en 1910 par le pasteur Wilfred Monod. Le pasteur Vergara, lui aussi pasteur à l’Oratoire, lui succédera et perpétuera son action. Pendant la seconde guerre mondiale, La Clairière devient une plaque tournante des réseaux de résistance et le bras droit de Jean Moulin, Daniel Cordier, y installe un bureau du Conseil National de la Résistance (CNR).

Lors de ses prédications du dimanche à l’Oratoire, le pasteur Vergara incite les fidèles à résister aux nazis. Il fait appel à ses paroissiens, ses catéchumènes et les éclaireuses de l’Oratoire pour emmener les enfants juifs menacés de déportation et les mettre en lieu sûr : en Normandie, dans la Creuse… Ainsi, soixante-trois enfants juifs ont pu être sauvés.

Par ailleurs, le livre d’Anne Nelson, La Vie héroïque de Suzanne Spaak, raconte l’engagement de la Belge Suzanne Spaak. Issue de la haute bourgeoisie, elle abandonne tout pour se consacrer au sauvetage des enfants juifs en rejoignant des réseaux de résistance en France, et a travaillé main dans la main avec le pasteur Vergara. Suzanne sera capturée et exécutée par la Gestapo dans sa cellule de la prison de Fresnes, peu avant la Libération.

Sylvain Vergara à L’Etivaz, chalet familial après la déportation, 1945

– Longtemps après être revenu de captivité, Sylvain Vergara va écrire son livre : Les Chemins de l’aube. En lisant ce récit de souvenirs on est frappé par la puissance narrative qui s’en dégage et on se demande : pourquoi Sylvain n’est pas devenu un homme de lettres alors qu’il a un réel talent d’écrivain et de poète ?

En effet, Sylvain était, comme ceux de sa génération, passionné de littérature et tout particulièrement de Gérard de Nerval, les  Filles du feu, dont  il se récitait des extraits pour lutter contre le désespoir au camp. Pour beaucoup de prisonniers, parmi lesquels Stéphane Hessel, la poésie était une aide précieuse pour survivre. Ce livre a été muri, pensé pendant des années par Sylvain et est resté le seul qu’il est écrit.

– La jeunesse de Sylvain touche les autres prisonniers, certains le considèrent même comme leur fils et c’est très poignant. Que s’est-il passé ?

Sylvain va faire de très belles rencontres, notamment Léon Cardin, un médecin belge, catholique de trente-deux ans qui deviendra père de douze enfants, qui le protège et lui sauve la vie en lui faisant avaler du charbon de bois brûlé pour le guérir de la dysenterie. Dans les moments de souffrances innommables ou de désespoir profond, Léon lui dit : « Sylvain, n’oublie pas que tu es dans la main de Dieu », tout en reconnaissant : « Je suis indigne d’être appelé chrétien »… Léon s’appuie sur la jeunesse et la pureté de Sylvain pour ne pas se laisser aller. C’est la lumière au bout du tunnel.

D’autres prisonniers ont des paroles pleines d’humanité à l’égard de Sylvain : « Tu es mon petit frère, ne crains rien, je suis avec toi ».

Dans Les Chemins de l’aube, les références à Dieu sont présentes dès les premières pages et tout au long du récit comme un fil rouge qui accompagne Sylvain dans cette terrible épreuve.

Même si le contenu est entièrement autobiographique, l’auteur a préféré ne pas l’écrire à la première personne, mais à travers un personnage qui se prénomme Emmanuel.

Lettre de Elie, Wiesel à Sylvain Vergara

– Quels sont les passages les plus émouvants de son livre ?

Dans ce livre, mon père parle de son ami espagnol Santamaria qui le considère comme son frère et répète jusqu’au dernier souffle qu’il veut qu’il vienne chez lui pour lui prêter sa bicyclette rouge… Il raconte la libération du camp lorsqu’il va dans la forêt pour simplement s’appuyer contre un arbre !

Et surtout son épouvantable cas de conscience lorsqu’un juif demande à leur groupe de le cacher dans ses rangs et qu’il n’arrive pas à lui dire : « Viens ». C’est poignant, universel et toujours d’actualité, et cela nous interpelle : à sa place, aurions-nous eu le courage de cacher quelqu’un en nous mettant nous-mêmes en danger ? Finalement, l’homme sera sauvé, mais toute sa vie Sylvain regrettera de n’avoir pas pu prononcer ce simple mot.

Contrairement à une idée reçue, Sylvain sait qu’il ne doit pas penser au passé (exemple : les moments passés dans le chalet familial en Suisse). Avec obstination il écarte les souvenirs heureux qui empêchent de tenir face à un quotidien trop douloureux. Cela, Sylvain, avec sagesse, va l’apprendre à ses enfants : « Dans les moments de grande souffrance, se rappeler les moments heureux n’est, paradoxalement, pas un réconfort ».

– Et Dieu dans les camps ?

J’ai beaucoup parlé de Dieu avec mon père. Sylvain disait : « Dans les camps, Dieu n’existait pas, la spiritualité était réduite en miettes » pour conclure : « La poésie oui ; Dieu non »!

En revanche, il racontait que le dimanche les habitants de Weimar venaient leur jeter des pierres par-dessus les barbelés. Un jour, une vieille allemande voyant le convoi de déportés passer  elle vient spontanément offrir à Sylvain une pomme. Ce simple geste, inattendu, remue quelque chose en lui qui est de l’ordre du pardon (notion fondamentale chez Sylvain) : si cette femme lui a fait cadeau d’une pomme, cela signifie que tous les Allemands ne jettent pas des pierres et que le pardon est possible. D’ailleurs, Sylvain a toujours fait la distinction entre le régime nazi et le peuple allemand – un de ses meilleurs amis, Wolf Diepmann, était un architecte allemand rencontré dans les années 1970.

Dans les camps, la question n’était pas de se raccrocher à Dieu, au bonheur d’autrefois ou à une éducation protestante, mais uniquement de survivre au jour le jour dans des conditions effroyables. Sylvain constate que « ceux qui croyaient et espéraient ne survivaient pas dans les camps ». Mais Sylvain parle surtout de la liberté…

Sylvain était davantage attaché au protestantisme par sa mère (fille du pasteur Jules-Emile Roberty, femme du pasteur Paul Vergara ; tous deux pasteurs de l’Oratoire du Louvre) que par son père. Il est resté croyant après le camp même s’il avait des moments de doute. L’éthique protestante ; la droiture, la loyauté et le sens de la justice, lui convenaient.

Sa mère, bien que discrète, avait une forte personnalité et lorsque ses enfants se disputaient elle les séparait puis les emmenait dans sa chambre où trônait une énorme bible qu’elle ouvrait au hasard pour leur lire un passage et disait : « Maintenant mes enfants, embrassez-vous ».

– Après la guerre, comment Sylvain se réinsère-t-il dans une vie normale ?   

Après la Libération, et même s’il retrouve une vie – presque – normale (en 1954 Yvonne travaille à l’ambassade des Pays-Bas, lui à l’ambassade d’Indonésie), Sylvain recherche avant tout le calme. Il n’a plus vraiment confiance en l’homme, ils décident de tout plaquer pour cultiver des glaïeuls et élever des vers à soie dans les Cévennes, et achète un mas près d’Anduze pour s’éloigner du monde. Après la catastrophe climatique de l’hiver 1956, la famille vient en région parisienne à Saint-Léger-en-Yvelines et Sylvain, qui travaille à l’INRA, profitera énormément de la forêt domaniale de Rambouillet. Les arbres sont le fil conducteur de sa vie et il emmène ses enfants la nuit écouter le brame du cerf. Dailleurs, les prénoms Sylvain et Sylvie signifient « la forêt », comme Buchenwald signifie « la forêt de hêtres » ; ce n’est pas un hasard.

Puis, dans les années 1970, il va acquérir en plein Berry une maison très romantique et isolée, Les Forges, comme celle décrite dans Le Grand Meaulnes d’Alain Fournier, cadre idéal pour élever et protéger du monde extérieur la « tribu Vergara » qui vivra en autarcie. Sylvain aime les animaux et achète des chevaux de Mérens et des chiens Leonberg. Féru d’astronomie, il observe les étoiles des heures durant, avec un téléscope. Autodidacte, il aimait jouer du piano, chanter avec ses enfants, écouter la musique traditionnelle Suisse à la radio, lire,… Ce mode de vie poétique et romantique tout autant qu’original et déboussolant, marquera pour toujours chacun de ses enfants, qui auront l’impression que leur enfance n’a rien de comparable avec celle des autres.

Anduze, sur la route qu’il avait dynamitée avec son beau-frère, Henri Genolhac, 1986

– Sylvain a-t-il surmonté l’épreuve des camps ?

Non, il a vécu toute sa vie avec !

En 1964, il passe plusieurs mois en clinique pour dépression : il ne supportait pas l’indifférence et l’incrédulité des gens quand il essayait de raconter ce qu’il avait vécu. Cela a été l’élément déclencheur qui l’a poussé à témoigner à travers son livre.

Le syndrome post-traumatique des anciens déportés n’étant pas pris en charge après la guerre, c’est une chape de plomb pour lui… Yvonne le sortira de la clinique en lui disant que ses enfants ont besoin de lui.

En définitive, nous sommes des enfants éduqués par deux personnes traumatisées : dans sa jeunesse ma mère était une enfant cachée et mon père a été déporté. C’est pourquoi, toute forme de xénophobie et de racisme sont impossibles à nos yeux.

Au-delà de ce que Sylvain a traversé, être père de famille l’a rendu très heureux. Six enfants, c’est la vie qui continue, c’est une forme de résilience (au sens de Boris Cyrulnik).

Il avait l’impression que c’était sa revanche sur les nazis et leurs camps de la mort et il considérait l’Union Européenne comme le meilleur rempart contre la guerre.

Il s’est reconstruit… malgré tout !

Sylvain Vergara avec ses 6 enfants et leur chien Igor, 1965

Propos recueillis par Anne Ausset-Faure

LE PASTEUR VERGARA ET SA FAMILLE,

UN ENGAGEMENT FAMILIAL EN RÉSISTANCE

La famille Vergara serait originaire du nord de l’Espagne.

Paul Gilbert Vergara s’établit fabricant de tentes puis de voiles à Marseille.  Il épouse Suzanne Catherine Schmoker. Celle-ci était venue de Suisse comme gouvernante dans la famille Vergara et avait donc épousé le fils de la famille. Ils eurent au moins un fils, qui suit :

Pierre Paul Vergara (né à Oberwyl canton de Berne le 13 janvier 1848) reprend l’affaire de son père, mais se ruine au jeu et quitte définitivement la France pour une destination inconnue et ne donnera plus jamais signe de vie ; son divorce est prononcé en 1897 à Paris.

De son mariage à Marseille, le 1er août 1874, avec Lise Schopfer (née dans le canton de Berne) que sa belle-mère avait fait venir du même canton suisse dont elle était originaire, il aura 2 fils et 2 filles une décédée jeune et une autre Edla, infirmière (Marseille 9.9.1878-Paris 22.7.1922) sans alliance.

A- Charles Vergara devient directeur du Grand Hôtel à Paris, puis du Grand Hôtel Continental à Kiev. En 1919, il reprend la direction de l’hôtel Victoria à Dinard, puis crée l’hôtel Beaumont à Pau. Pendant la 2e guerre mondiale il s’implique : Il sauve Mrs May du camp d’internement de Gurs en 1940, et aide son frère pour faire passer des juifs en Espagne, utilisant son hôtel de Pau pour les héberger.

 De son mariage avec Renée Richard, d’une famille de Montbéliard, il aura 3 filles :

 1-Micheline Vergara, (Kiev, 3.6.1013-18.10.2000 Paris) qui épouse en septembre 1939, en l’église protestante de Dinard, Jean Guiton.  Il était le fils du pasteur méthodiste William Henri Guiton, d’une famille de réfugiés huguenots établie à Jersey, alliée aux familles Friedel, Soubeyran, Durand-Gasselin ; l’acteur Guillaume Galienne est un descendant de cette famille, dont :

            -Martine Guiton mariée, dont 2 enfants, Romain qui épouse N. Friedel.

            -Armelle Guiton.

            -Olivier Guiton.

2-Christiane Vergara (Dinard 1er janvier 1920 – 15 janvier 2018 à Paris), qui épouse Pierre Garandeau (1919-2007), industriel en Charente-Maritime, d’une famille également protestante, dont 2 enfants Brice et

3-Elisabeth Vergara, (Dinard 6.1.1922-29.3.2012 Paris), sans alliance.

B-Paul Vergara, (10.4.1883-17 avril 1965 à Paris) pasteur, marié le 22 février 1910 à Paris avec Marcelle Roberty, fille du pasteur Emile Roberty (qui fut entre autres, pasteur à l’Oratoire) dont 7 enfants :

1. Eliane (1910-1968), mariée en 1934 à Jacques Emile Bruston, ingénieur (1er mars 1909 à Montauban -17 mars1944) ingénieur, fils du pasteur Louis Bruston et de Jane Schloesing ,

– Anne Catherine (18.7.1935-Lisieux16.6.2020), qui épouse Pierre-Harold Lethel, fils du pasteur Antoine Lethel (qui fut pasteur à La Force), dont 4 enfants.

     – Richard (1939) photographe. 

2. Marie Claire, (née en 1912), qui épouse Jean Frémont

Dominique épouse Michel Rist (1922-24 juin 2009) ingénieur,(petit neveu de l’économiste Charles Rist), dont

Arnaud et Lorraine

     Noëlle, qui épouse Jean Pierre Moulin

            Christian, sans alliance.

  3. Marc Vergara, (1914-1918).

  4. Anne Vergara, (1915-2009), infirmière, qui épouse le 3 mars 1939 à Asnières, l’écrivain Max Olivier Lacamp, d’une famille de filateurs de Monoblet, en Cévennes  dont 3 filles :

     – Christine Lacamp, (décédée), mariée à Michel Laffond, sans postérité.

     – Séverine Lacamp, régisseuse de cinéma.

     – Gael Lacamp, journaliste.

5. Béatrice Vergara, (Pouzaugues 19 mai 1918 – Paris 12 décembre 1994), qui épouse Marc Boury, fils du pasteur Boury[1] et de Madame, née Pfender, dont 3 enfants Pierre Yves, Catherine, Marianne

6. Sylvain Vergara, (15 décembre 1924 – Nîmes 8 février 1993), résistant qui fut déporté, marié le 15 mai 1954 à l’Oratoire avec Yvonne van Nierop, (née le 18 octobre 1926) à Neuilly ; chargé de recherches à l’INRA dont 6 enfants :

a) Inès Vergara, née le 17 Juin 1955, qui épouse Charles Timonay, patent agent.   

b) Anne Vergara, née le 3 novembre 1956, qui épouse Frank Mc Cusker, dont une  fille.

c) Marc Vergara, né le 27 août 1958 à Suresnes.

d) Valérie Vergara née en 1960 à Suresnes.

e) Nathalie Vergara, née le 23 octobre 1961.

f) Eric Vergara, né le 14 mars 1964.

6. Sylvie Vergara, (née le 14 décembre 1924), qui épouse Henri Genolhac, dont 1 fils : Olivier. Ils ont habité au château de Monmoirac à Saint-Christol-lès-Alès.

            Paul Vergara est consacré pasteur à l’Oratoire du Louvre et est pasteur à Pouzauges de 1909 à 1919, puis à  la paroisse de l’Oratoire en 1933 jusqu’en 1954.

Dans sa jeunesse, il était lié avec Jacques Maritain et Charles Péguy. Il écrira en 1965 « j’ai bien connu Péguy. Je lui avais été présenté par Jacques Maritain, mon ami d’enfance..oui,il y aurait une étude intéressante à faire sur Péguy et le protestantisme…J’ai jadis fait paraitre dan Evangile et Liberté une lettre de Péguy à Roberty, lettre écrite du champ de bataille ou il allait tomber quelques jours après ou il confiait sa femme et ses enfants à Roberty s’il ne devait pas survivre ».Il poursuit en soulignat que Péguy dans une autre lettre écrit »Hélas,je suis-je suis encore plus de votre avis que vous ne le pensez s’il s’agit de détresse d’âme et de scandale venu d’en haut, vous savez que je vis dans une détresse constante »Pour Vergara, « c’est une allusion transparente à l’insatisfaction qu’il trouvait dans son catholicisme»

            Par ailleurs, le pasteur Vergara avait une activité peu habituelle pour un pasteur :il aimait investir et spéculer en bourse, semble-t-il avec succès.

 peut on dire plus de choses ?? ou a-t-il fait ses études etc…

Le pasteur Vergara prêche la Résistance aux rafles de juifs à Paris dès mai 1942, et monte avec l’aide de paroissiens et de Marcelle Guillemot un réseau d’évasion d’enfants juifs au sein de l’œuvre « La clairière », située rue Greneta à Paris. Ils réussiront à sauver 63 enfants en février 1943.

En outre, La Clairière devient une adresse du secrétariat de la Zone nord du Conseil National de la Résistance, alors dirigé par Daniel Cordier (tandis que Jean Moulin dirigeait le secrétariat de la Zone sud). La sœur de l’un des adjoints de Cordier, Hugues Limonti, était l’amie de Mlle Guillemot, ce qui explique le choix du patronage pour en faire une boite aux lettres de premier ordre, recevant postes émetteurs et récepteurs, journaux clandestins, courriers, armes, réunions de dirigeants du Conseil national de la Résistance (CNR). 

Selon l’historien Jacques Poujol, la Clairière est « le plus important des lieux de mémoire protestants de la Seconde Guerre mondiale en région parisienne »

            Le pasteur Vergara échappe à l’arrestation mais n’en n’est pas de même des autres membres de sa famille ; son épouse Marcelle est internée 6 mois à Fresnes, sa fille Sylvie également, son fils Sylvain est déporté ainsi que son gendre Jacques Bruston.

Le pasteur et son épouse recevront la médaille des Justes. Il était décoré de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre 1914-1918.Par décret du 11 mars 1947, il reçoit (ainsi que Marcelle Guillemot) la Médaille de la Résistance.

 Jacques Bruston (1909-1944), ingénieur chez Kuhlmann, est un résistant de la première heure, en lien avec la Résistance de Londres par son cousin germain Jacques Henri Schloesing[2], aviateur, compagnon de la Libération, mort pour la France. Il recueille son cousin lorsque son avion est abattu et qu’il est blessé en février 1943 au-dessus d’Abbeville ; il est membre du réseau Comète qui aide à sauver les aviateurs et à regagner Londres. Le réseau Comète était dirigé par Jean François Nothomb[3] qui franchira les Pyrénées en avril 1943 avec JH Schloesing. Il sera arrêté le 22 juillet 1943 aux portes de Paris, alors qu’il venait prendre livraison de caisses de matériel parachutées par les Anglais près d’Orléans, sans doute une dénonciation.il est déporté au camp de Mathausen ou il sera exécuté en 1944.Chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume[4] en 1958,son dossier mentionne « Lieutenant, déporté, résistant Forces Françaises Libres »Sa femme Eliane a reçu la Médaille de la Résistance.

Sylvain Vergara est arrêté en octobre 1943 et interné à Fresnes. Torturé rue Lauriston puis déporté, le 24 février 1944, au camp de la Neue-Bremm d’où il est transféré à Buchenwald, mention Nacht und Nebel. Il sera libéré le 11 avril 1945. Il était sans doute membre de l’Organisation civile et Militaire. Il est titulaire de la Croix de guerre avec citation, de la Médaille de la Résistance et de la Médaille des Déportés. Il a écrit en 1959 un poignant récit de sa déportation, Les chemins de l’aube. A son retour de déportation il épouse Yvonne van Nierop, amie de sa sœur Sylvie, que la famille Vergara avait cachée. Le père d’Yvonne, d’une famille juive de banquiers et d’homme d’affaires hollandais (qui a compté aussi des hommes politiques), s’était établi à Paris avant 1914.

Le frère de Paul, Charles Vergara utilise son hôtel de Pau pour recueillir les rescapés juifs et organise leur passage en Espagne avec des soutiens locaux.

            Mme Fernand Béchard, née Odette Ausset[5], première paroissienne à se porter volontaire pour aider les enfants juifs est une cousine de Jacques Bruston ! Elle et son mari seront déclarés Justes.

                                                                                                          Denis FAURE

Sources

Anne Nelson, La vie héroïque de Suzanne Spaak,2018

L’Oratoire du Louvre et les protestants parisiens, Labor et Fides 2011, chapitre sur La Clairière de P Cabanel.

Site internet du réseau Comète www.cometeline.org

Site internet : oratoiredulouvre.fr

Contributions des descendants du pasteur Vergara


[1] Pasteur luthérien, il fut inspecteur ecclésiastique

[2] Aviateur, mort pour la France au cours d’un combat aérien, compagnon de la Libération.

[3] Grand-oncle de l’auteure Amélie Nothomb

[4] In P. Cabanel et A. Encrevé, Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, Les Editions de Paris, Max Chaleil, tome 1, 2015.

[5] Louis Ausset, industriel à Nimes (1793-1870) est l’ancêtre commun d’Odette Ausset, Jacques Bruston, Jacques Henri Schloesing, et de la fondatrice de la Cimade, Jane  Pannier,

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