Editos 2021

FAUT-IL ETRE « WOKE » ?

septembre 2021

Depuis quelques temps, les critiques sur le mouvement « woke » se multiplient jusqu’à le qualifier de  « culture du ressentiment »  voire de « totalitarisme » : en fait si le terme « woke » (« éveillé » en français courant – ou « conscient » ) a été effectivement popularisé par le mouvement BLM (Black Lives Matter) – son origine est bien plus ancienne aux Etats-Unis (Henri David Thoreau disait déjà en 1924  “To be awake is to be alive” ) ou en France : sans remonter aux Lumières et à Rousseau on peut citer Michel Foucault ou Stéphane Hessel…

Être « woke » c’est donc avoir une conscience aiguë des injustices sociales, des mauvais traitements faits aux minorités raciales, de genre, culturelles, aux préjugés sur l’intelligence, la beauté, le succès et s’insurger contre les abus des puissants, des méchants et des institutions. Le terme porte bien sûr une charge moralisatrice et « politiquement correcte » qui peut irriter. Le mouvement woke est aussi associé à la « cancel culture », qui se manifeste principalement par le déboulonnage de statues d’esclavagistes ou plus généralement de « grands hommes » qui ont une part d’ombre dans leur action (un iconoclasme bien familier aux protestants et leur refus des idoles et des saints..) et au mouvement #meetoo qui vise à dénoncer les comportements de prédateurs sexuels.

Alors oui, dans nous nous reconnaissons dans cette mouvance; en publiant des biographies et des témoignages de résilience et de résistance nous participons à la mémoire des victimes et à « l’héroïsation » des femmes et des hommes engagé.e.s

Mais, tout en reconnaissant l’intérêt de stimuler la réflexion en déboulonnant les statues (physiques ou virtuelles par la remise en cause des comportements inappropriés de « grands hommes ») nous préférons mettre en avant les figures de résistance qui ont par leur action, souvent non-violente, contribué à changer le monde pour le rendre plus vivable.

Il ne s’agit pas de faire de la « victimisation », terme souvent utilisé pour stigmatiser les victimes en critiquant les opprimés qui osent se plaindre…. mais de donner une voix à ceux qu’on n’entend pas. Ahhh si les opprimés se taisaient, la vie (des oppresseurs) serait plus simple..  

On peut, bien sûr, reprocher aux « wokes » une certaine naïveté, une capacité exacerbée à s’émouvoir et s’enflammer pour des causes multiples, parfois obscures et lointaines, une tendance à toujours trouver des facteurs structurels aux problèmes sociaux et un rejet général de l’autorité et de l’establishment. Mais ils ont une bel exemple en la personne d’un certain Jésus qui fréquentait des Samaritaines, des prostituées, des gentils, des centurions et des collecteurs d’impôt, guérissait les enfants et les femmes malades, dévissait (virtuellement) les statues de César et avec lequel nous pouvons dire :

Bénis soient les victimes et les discriminés,

Car ils nous permettent d’exercer notre compassion

article dans Réforme du 9 septembre

[1] https://france-amerique.com/etre-woke-ou-ne-pas-l-etre/

[2] https://laregledujeu.org/2021/03/15/36869/bhl-michel-foucault-netait-pas-woke/

FEMMES RÉSISTANTES

mars 2021

Mars : le mois du droit des femmes! comme s’il suffisait d’un mois pour gagner ce qui n’a pas encore été obtenu après des siècles d’oppression plus ou moins ouverte et d’injustices flagrantes.

« Laisser du temps au temps! » l’argument est bien connu est utilisé pour excuser toutes les lâchetés et les abandons. Aux Éditions Ampelos nous avons décidé dès le début de donner une voix aux femmes oubliées (et aux autres minorités) et de le faire d’une façon systématique.

La collection RESISTER se compose à 50% de biographies féminines; je crois que nous sommes la seule collection de biographies historiques à appliquer ainsi la parité! Mieux encore, nos auteurs sont à 50% des autrices. Comme vous vous en doutez, ces choix ne sont pas toujours faciles: les documents sur les personnalités féminines sont rares avant le début du 10ème siècle, et les historiennes sont pour le moment plus rares que les historiens et publient moins en général. Mais le réseau d’historien.ne.s et d’universitaires que nous construisons petit à petit s’étoffe et se motive pour nous fournir en biographies de qualité.

Et nous ne nous limitons pas à l’histoire contemporaine où la tâche est relativement aisée; nos autrices et nos auteurs cherchent inlassablement des profils de femmes engagées injustement effacées depuis la Renaissance voire même avant.

Alors marquez bien cette page… et revenez y dans un an .. de nouvelles héroïnes, toutes passionnantes et passionnées vous y attendront.

GOD BLESS AMERICA

février 2021

Dieu (encore lui) sait si on l’aura entendu ce slogan, cette invocation, ce vœux pieux et si peu laïc aux oreilles des Français.

De toutes les factions, de toutes les confessions, de tous les bords politiques, le divin est invoqué au secours du temporel. Et cette habitude ne date pas d’hier ; les Founding Fathers (persécutés par l’Église d’Angleterre) cherchaient une terre où pratiquer leur protestantisme calviniste, comme avant les Huguenots avaient rêvé d’un Nouveau Monde qui soit un Refuge pour eux. Dès la Révocation d’ailleurs, les Huguenots affluent en Amérique du Nord ; Durand de Die, noble drômois exilé à Londres mènera même une mission « publicitaire » en Amérique du Nord pour inciter ses coreligionnaires à s’y installer. Dans ses mémoires : Un Français en Virginie, il nous livre ses commentaires amusés et amusants d’un protestant provençal transplanté dans le sud des futurs États-Unis. Un de ceux qui suivront ses conseils, Appollo Rivoire, huguenot du Sud-Ouest ira s’établir à Boston où naîtra son fils Paul (qui américanisera son nom de famille en Revere). Il deviendra un artisan connu, un héros de l’indépendance américaine et un industriel fortuné. Et une de ses inspirations sera la théologie prêchée à Boston par des pasteurs modernistes proches des Lumières. A la même époque, dans la Pennsylvanie fondée par William Penn un quaker anglais rêvant de liberté religieuse et de tolérance pour toutes les confessions chrétiennes, Antoine Bénézet, huguenot né à St Quentin, milite pour l’abolition de l’esclavage et créé une école pour les enfants d’esclaves.

Plus tard, au moment des grands Réveils, des foules immenses se pressent sous des tentes pour écouter les prédicateurs leur promettre selon les jours l’enfer ou la libération.

La religion est donc partout aux États-Unis, au début du XIXè, Charles Wagner, un pasteur français invité par Teddy Roosevelt à prêcher à la Maison-Blanche nous laisse une relation étonnante de son voyage américain, étonnante pour un Français qui vient de vivre les péripéties de la Séparation. On ne peut pas comprendre la situation actuelle et l’imbrication entre religion et esprit américain si l’on ne se réfère pas à ce long et profond historique. Plus près de nous les mouvements pour les droits civiques des Noirs américains sont menés principalement par des pasteurs baptistes comme Martin Luther King et sont supportés » par tous les artistes issus du Gospel comme Aretha Franklin ou Rosetta Tharpe.

Pas de meilleure illustration de cette imbrication que la récente cérémonie d’inauguration : après les hymnes officiels, la fanfare des Marines joue l’air de It’s a gift to be simple, hymne shaker très connu et Garth Brook chante Amazing Grace, l’hymne officieux des protestants américains, composé par un capitaine de bateau négrier repenti ! Et le second président américain catholique, descendant de huguenots, avec son épouse élevée dans la confession presbytérienne par sa grand’mère, prête serment sur la Bible, avec sa vice-présidente baptiste accompagnée de son mari juif, et la bénédiction est donnée par un pasteur méthodiste !

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