Jacqueline Fleury-Marié était encore au lycée quand, à 17 ans, elle est entrée dans la Résistance.« Il y a peut-être des gens qui auraient pu faire de la résistance mais qui n’ont jamais eu de contact. Je dirais qu’on a la chance d’avoir eu un contact. » Dès 1941, elle fait partie du mouvement Défense de la France, avec un groupe d’amies versaillaises, dont elle est la plus jeune. En réalité, c’est toute sa famille qui s’engage, « la famille du refus », comme elle l’appelle.
De 1941 à 1943, elle est donc engagée dans Défense de la France. Parmi ses missions, Jacqueline Fleury-Marié allait chercher un journal clandestin imprimé à Paris. « Le ramener dans Paris à l’époque c’était extrêmement dangereux, dit-elle, pour nous ce qui était le plus le plus dangereux c’était la Gestapo, or il y en avait dans les gares, dans les rues, dans le métro… » Être résistant, c’est se dire à chaque instant que l’on peut être arrêté. « Personne, aucun résistant ne pourra dire qu’il n’a jamais eu peur, ce n’est pas vrai, mais dire qu’on était apeuré et qu’on avait l’air… pas du tout ! »
En juillet 43, à la suite de nombreuses arrestations au sein de Défense de la France, elle quitte le réseau pour celui de son frère, Mithridate. « À Versailles on ne l’a jamais beaucoup raconté mais il y avait les plans du mur de l’Atlantique qui se trouvaient dans le château de La Maye. » Un château que les Allemands occupaient et qui est aujourd’hui une clinique privée. Le frère de Jacqueline Fleury-Marié subtilisait des parties du plan, qu’elle recopiait « dans une arrière-boutique versaillaise ». Ce fameux mur que les Allemands ont bâti tout au long des côtes françaises pour stopper un éventuel débarquement…
Le 3 février 44, la Gestapo fouille l’appartement familial. « Nous ne serons pas arrêtés tout de suite, mais plus tard, le 29 juin 1944. » Quand « on travaille dans la Résistance » depuis longtemps, on y a souvent pensé à cette arrestation. Et puis « voilà », dit-elle, ça finit par arriver. Jacqueline Fleury-Marié est arrêtée, en même temps que ses parents. Emmenée à la prison de Fresnes, elle est placée au secret, elle subit des interrogatoires « difficiles ». Pour la faire parler elle est « passée à la baignoire ».
Qu’est-ce qui fait qu’on ne parle pas dans ces cas-là ? « J’avais vraiment un mépris total pour les Allemands, quels qu’ils soient. » Le 15 août 1944, quelques jours après le débarquement du 6 juin, dix jours avant la libération de Paris, elle est emmenée à Ravensbrück. « C’est diffice quand on ne l’a pas vécu » d’imaginer des femmes parquées dans les wagons, des femmes âgées, blessées, dont on entend les gémissement, les pleurs, pendant sept jours et sept nuits. Et puis il y a l’arrivée au camp. Elle écrit : « Ne pas pleurer devant nos bourreaux c’est notre manière de prolonger la résistance. »
